Si le clonage reproductif
a été utilisé chez un certain nombre de mammifères,
je suis tout à fait contre pour quil soit appliqué
à lhomme. Mon espoir est quil ne le soit jamais.
Les expériences réalisées chez les animaux ont jusquà
présent aboutit à des taux très faibles de « réussite »,
à savoir peu danimaux viables qui présentent de nombreuses
anomalies essentiellement de type génétique dont on ne connaît
pas lincidence, vu le manque de recul des conséquences futures
de ces manipulations.
Le clonage reproductif chez lanimal peut cependant apporter de nombreuses
données pour essayer de comprendre comment une cellule est programmée
et comment une cellule somatique différenciée peut réacquérir
une fonction embryonnaire. Les données expérimentales pourront
donner des informations précieuses pour la réalisation éventuelle
future du clonage dit thérapeutique.
Le clonage thérapeutique a été
envisagé dans la perspective de réaliser des thérapies
cellulaires de remplacement. Dans le contexte actuel, cette technologie
nest pas autorisée face aux nombreux problèmes déthique
posés, à savoir le statut moral de lembryon et les
décisions politiques que posent les recherches utilisant les cellules
souches humaines, et le statut de la cellule embryonnaire elle-même
qui pourrait être considérée comme un embryon.
Dautres problèmes se greffent aux problèmes déthique :
- l obtention
dovocytes, gratuite ou rémunérée. Dans le
cas dune rémunération, le risque majeur est celui
dun véritable commerce dovocytes.
- la technologie
en elle même : technologie très pointue où
la moindre erreur de manipulation peut être fatale, qui demandera
des manipulateurs hautement qualifiés. Technologie très
coûteuse, par qui sera t-elle prise en charge ?
- Choix des patients
à traiter : quels seront les différents critères
qui conditionneront le choix parmi les patients à traiter ?
Dautres voies éventuelles de thérapie cellulaire commencent
à se développer :
- avec l utilisation
de cellules souches embryonnaires dérivées dembryons
surnuméraires de fécondation in vitro non réclamés
et différenciées in vitro. Ces études ne sont autorisées
que dans quelques pays pour linstant (Angleterre, Australie, USA).
Cette technologie pose également un certain nombre de problèmes
à résoudre avant quon puisse en envisager un usage
à des fins thérapeutiques. Les conditions de culture des
cellules souches embryonnaires doivent être optimales. Ces cellules
cultivées actuellement sur des couches de fibroblastes de souris
se sont révélées dans certains cas être contaminées
par des virus murins. Il faudra également résoudre les
problèmes de rejet immunologique que poseront ces cellules, doù
la nécessité de manipuler génétiquement
ces cellules pour les rendre immunocompatibles sans quelles perdent
leurs capacités de se différencier in vitro vers le type
cellulaire désiré.
- soit lutilisation
de cellules souches »adultes ». Ces cellules existent
chez chaque individu pour renouveler différents types cellulaires
mais en quantités réduites. Les problèmes posés
sont ceux de l isolement et la purification de ces cellules,
de leur amplification et de trouver les conditions de différenciation
vers une voie spécifique.
Toutes ces technologies
à lheure actuelle demandent encore de nombreuses mises au
point chez lanimal avant quon puisse en envisager une application
humaine. Toutefois quelle que soit la technique qui pourra être
appliquée, elle restera sans doute la technique du dernier recours
si toute autre thérapie aura échouée.
Andrée Dierich,
Directeur de recherche au CNRS.
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