Clonage humain thérapeutique et reprocductif

par Andrée Dierich


Si le clonage reproductif a été utilisé chez un certain nombre de mammifères, je suis tout à fait contre pour qu’il soit appliqué à l’homme. Mon espoir est qu’il ne le soit jamais.
Les expériences réalisées chez les animaux ont jusqu’à présent aboutit à des taux très faibles de « réussite », à savoir peu d’animaux viables qui présentent de nombreuses anomalies essentiellement de type génétique dont on ne connaît pas l’incidence, vu le manque de recul des conséquences futures de ces manipulations.
Le clonage reproductif chez l’animal peut cependant apporter de nombreuses données pour essayer de comprendre comment une cellule est programmée et comment une cellule somatique différenciée peut réacquérir une fonction embryonnaire. Les données expérimentales pourront donner des informations précieuses pour la réalisation éventuelle future du clonage dit thérapeutique.


Le clonage thérapeutique a été envisagé dans la perspective de réaliser des thérapies cellulaires de remplacement. Dans le contexte actuel, cette technologie n’est pas autorisée face aux nombreux problèmes d’éthique posés, à savoir le statut moral de l’embryon et les décisions politiques que posent les recherches utilisant les cellules souches humaines, et le statut de la cellule embryonnaire elle-même qui pourrait être considérée comme un embryon.

D’autres problèmes se greffent aux problèmes d’éthique :

  • l’ obtention d’ovocytes, gratuite ou rémunérée. Dans le cas d’une rémunération, le risque majeur est celui d’un véritable commerce d’ovocytes.
  • la technologie en elle même : technologie très pointue où la moindre erreur de manipulation peut être fatale, qui demandera des manipulateurs hautement qualifiés. Technologie très coûteuse, par qui sera t-elle prise en charge ?
  • Choix des patients à traiter : quels seront les différents critères qui conditionneront le choix parmi les patients à traiter ?


D’autres voies éventuelles de thérapie cellulaire commencent à se développer :

  • avec l’ utilisation de cellules souches embryonnaires dérivées d’embryons surnuméraires de fécondation in vitro non réclamés et différenciées in vitro. Ces études ne sont autorisées que dans quelques pays pour l’instant (Angleterre, Australie, USA). Cette technologie pose également un certain nombre de problèmes à résoudre avant qu’on puisse en envisager un usage à des fins thérapeutiques. Les conditions de culture des cellules souches embryonnaires doivent être optimales. Ces cellules cultivées actuellement sur des couches de fibroblastes de souris se sont révélées dans certains cas être contaminées par des virus murins. Il faudra également résoudre les problèmes de rejet immunologique que poseront ces cellules, d’où la nécessité de manipuler génétiquement ces cellules pour les rendre immunocompatibles sans qu’elles perdent leurs capacités de se différencier in vitro vers le type cellulaire désiré.
  • soit l’utilisation de cellules souches »adultes ». Ces cellules existent chez chaque individu pour renouveler différents types cellulaires mais en quantités réduites. Les problèmes posés sont ceux de l ‘isolement et la purification de ces cellules, de leur amplification et de trouver les conditions de différenciation vers une voie spécifique. 

Toutes ces technologies à l’heure actuelle demandent encore de nombreuses mises au point chez l’animal avant qu’on puisse en envisager une application humaine. Toutefois quelle que soit la technique qui pourra être appliquée, elle restera sans doute la technique du dernier recours si toute autre thérapie aura échouée. 

Andrée Dierich, Directeur de recherche au CNRS.

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